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Nous, on a eu un gros COUP DE COEUR pour Béchir et son Auberge SHAMBALA à TOUJANE... alors, voilà :

Le ROUTARD dit, page 330 du guide 2006 :

"Béchir, un jeune berbère, a mis les bouchées doubles pour satisfaire ses amis routards. Il propose dans le village 3 chambres rudimentaires mais propres, dont une troglodytique, et une petite salle de bains commune avec douche. Pas de chauffage. Essayer d'économiser l'eau, il faut aller la chercher à 10 kms ! Pour ses hôtes un peu plus exigeants, et moyennant un petit supplément, il a aménagé une annexe plus luxueuse. Aggripées à flanc de montagne, les deux grandes grottes se partagent une salle d'eau avec wc, nickel, ainsi qu'un salon commun creusé dans la roche avec banquettes et coussins pour s'affaler. Essayer simplement de ne pas trop forcer sur la bibine, le sentier pour accéder à l'annexe est très escarpé ! Vue superbe sur les montagnes, dont les derniers contreforts se confondent avec la plaine glissant en pente douce vers la mer. Le soir, si vousle souhaitez, le sympathique maître des lieux prépare des repas dans la plus pure tradition, que l'on partage avec sa famille ; un grand moment d'hospitalité et de chaleur humaine. Idéal pour une étape authentique à l'écart des zones touristiques. Artisanat : kilim, poteries. béchir propose également de petites escapades dans les environs.
Compter de 15 à 20 Dt (9 à 12 euros) par personne en demi-pension.
"
COMMENT ALLER A TOUJANE (vous trouverez la carte en bas de cette page)

Allant du sud vers Matmata aux environs de 20 heures, on devait trouver une option gîte et couvert pour le soir. Alors, forcément, en lisant ça, on a su qu'on irait là, si possible. Téléphone 98-663-482, un oui chaleureux, il y a de la place. On a donc dû arriver aux environs de 20h30. Et si la chambre était libre, le repas n'était, lui, pas commandé !! Qu'importe, Béchir nous a reçus à la nuit tombée, et là je crois qu'un début de lien s'est créé dans l'instant...
Nous avons effectivement dîné chez lui, bluffés, de bricks aux oeufs et d'un couscous aux légumes... Leila tient-elle un repas toujours prêt ? ou fait-elle des miracles en 1/2 heure ? bref, c'était simple et excellent, comme chez nos mamans quand on arrive à l'improviste !!!
 


Entrée de l'Auberge Shambala


les pains de Leila cuits dans le four-jarre... mmm...

Une petite chambre voûtée en bas du village nous attendait, toute tendue de tissus aussi dissemblables que charmants, un excellent couchage, propre et confortable... le rêve, quoi ! Deux jeunes dromadaires dorment dans la grotte voisine, ils serviront bientôt à des ballades. Enfin bientôt... ça aussi, c'est un des investissements à long terme dans lesquels Béchir semble exceller, car ces petites bêtes ne grandissent pas si vite que ça, tout de même, et ne travailleront pas avant au moins deux ans ?


arrivée de nuit chez Béchir, entrée de la chambre


notre chambre au gite d'en bas



la grotte aux dromadaires
 


la même, au petit matin

Le lendemain matin, on reprend au petit dej' servi dans son magasin-buvette la conversation laissée en plan la veille, concernant le manque d'eau à Toujane et les investissements dans lesquels Béchir s'est lancé depuis quelques années, et dans lesquels il entraîne toute sa famille, lentement, raisonnablement mais avec une détermination qu'on sent farouche, malgré les difficultés...

Gros obstacle à contourner, faute de pouvoir le gérer, le manque d'eau...
il n'y a à Toujane qu'une petite source pour tout le monde, où chaque bidon met 1/4 d'heure à se remplir. Dans un premier temps, ils étaient ravitaillés en eau par un fournisseur. Ci-après, extrait d'un dossier très instructif de 38 pages réalisé en collaboration avec des étudiants de l'Université de Marseille et concernant la sécheresse dans cette région de Tunisie :
"  Selon nos enquêtes, les volumes d'eau achetés via les services des transporteurs spécialisés représenteraient 40 % des volumes d'eau consommés en 2001.  ...
Cependant, les coûts de transport deviennent rapidement prohibitifs pour les ménages les plus éloignés des points d'approvisionnement. En effet, le coût moyen d'une citerne de 5 000 litres s'élève entre 12 et 15 DT (2,4 à 3 DT/m3), dont seulement 3,5 DT pour l'eau, le reste représentant le coût du transport et la marge du prestataire de service. Les prix pratiqués par les transporteurs peuvent aller, dans des cas extrêmes, jusqu'à 30 DT pour une citerne de 5 m3 dans les zones les plus difficiles d'accès comme le village de Toujane par exemple.
" (note perso : 18 euros pour 5 m3 d'eau, quand un touriste logé, nourri en demi-pension et surtout douché avec lavage des cheveux et tout et tout ne rapporte, selon sa chambre, que 9 à 12 euros par nuit... et il n'y a pas forcément des touristes tous les soirs !)

( pour lire le dossier http://www.up.univ-mrs.fr/wiupenv/labo/d_lpe/publications/docs-recherche/lped-usages2.pdf )

Le coût de l'eau étant prohibitif, les villageois ont donc acheté ensemble une citerne et organisé une distribution régulière d'eau selon les besoins de chacun, citerne qu'il faut d'abord aller remplir à 10 kms, puis vider dans chaque puits familial du village. Là, chacun puise ou pompe selon son organisation personnelle, et doit bien entendu en économiser chaque goutte... et y compris nous, visiteurs, quand on se lave !


une vue de Toujane, il y a bien d'autres angles possibles. L'Auberge Shambala est tout à gauche.

Au Sahel par exemple, il n'y a pas assez d'eau, ça tout le monde le sait. Mais, en Tunisie, l'eau est presque partout, et rares sont les villages qui sont à la fois aussi importants (plusieurs centaines d'habitants) et aussi démunis. D'après ce qu'on nous a dit, deux forages ont été tentés il y a quelques années, sans succès. Puis une citerne avait été construite en amont, avec une alimentation descendant vers le village. Mais la citerne s'est écroulée lors de pluies torrentielles, donc retour à la case départ, et toujours pas d'eau... L'Etat est manifestement conscient du problème, mais il faudra sans doute que Toujane attende encore plusieurs années avant qu'une vraie solution soit mise en place !

Investir tout en préservant le nécessaire pour la vie et la santé de sa famille
Nous avons trouvé Béchir très déterminé dans ses projets, mais très prévoyant parce que très conscient de tout ce qui pourrait les ruiner en quelques minutes... pour tous ces villageois, il faut jongler en permanence entre investir pour demain et assurer pour aujourd'hui. Les travaux de ses chambres avancent, ceux des sanitaires aussi. Nous aimerions y retourner avec du matériel de plomberie, électricité etc..., tant de choses se gaspillent chez nous... comme ils disent, cela se fera, inch'allah !
(note perso : littéralement "si Dieu le veut", expression utilisée aussi dans le sens "on ne promet pas quand on n'est pas sûr à 100%, mais on va faire le maximum")
Les dromadaires n'attendent pas après nous pour grandir, ils sont encore un peu effrayés par un geste brusque mais se laissent toucher en douceur, et même conduire "au pré" (drôlement en pente, le "pré" !!! puisqu'il est au-dessus de l'auberge...). Ils gagneront leur vie le moment venu !! Il y a les ânes en attendant...


à gauche, la future 2ème chambre


ici, presque terminée



entre Toujane et Matmata
 

Béchir organise déjà des randonnées à pied et aussi des promenades avec des ânes autour de Toujane.


Le magasin / buvette est juste à côté de l'Auberge, à l'entrée de Toujane en allant vers Matmata

Développement de la vente des tapis artisanaux

Au village, les femmes tissent.
Elles tissent entre 3 et 6 heures par jour, chez elles, tout en s'occupant de la maison. Et un tapis au motif compliqué peut demander un mois de travail, sans compter le filage de la laine nécessaire, qui demande aussi des dizaines d'heures de travail.

Le kilim de grande taille, échantillon ci-contre, 2m20x1m10, au motif très travaillé, est vendu 250 dinars, soit 160 euros chez l'artisan, pour 150 à 200 heures de travail, sans compter l'achat de la laine brute.

Nous avons relevé ces prix en avril 2006, et voici d'autres modèles :


kilim 2m50x0,60 - 120 dinars/76 euros


motif ancien 3mx0,60 - 120 dinars/76 euros


motif châle de mariée 1m90x0,90 - 90 dinars/57 euros


housse de coussin 60cmx50cm - 35 dinars/22 euros


Les jarres et plats sont vendus entre 20 et 35 dinars / 13 à 22 euros
Ce sont des pièces qui ont entre 20 et 50 ans.

Les prix sont calculés au plus juste, et nous avons remarqué que certains touristes habitués aux revendeurs de souvenirs des villes du nord s'acharnent à marchander jusqu'à ce que les artisans ne gagnent presque plus rien sur leurs produits.
Quant aux chauffeurs des 4x4 à touristes, ils ne s'arrêtent pas... évidemment, si les prix étaient augmentés de leur petite commission, ils stopperaient plus volontiers...
Autant dire qu'il ne se vend pas un tapis par jour... loin de là !

Alors, si vous passez pas loin de Toujane, n'hésitez pas, faites le détour !!
Et si vous allez à Djerba, c'est même pas loin...

Bien sûr, il n'y a pas que Béchir dans le village, il y a plein d'autres familles, mais que nous n'avons pas rencontrées.
Il existe une Association qui aide Toujane, http://toujaneclub100.free.fr

Un petit mot personnel :
"Béchir, quand tu pourras trouver un ordinateur connecté à Internet et feuilleter ces quelques pages, n'oublie pas de donner un grand bonjour à ta femme et à tes enfants, et à tous ceux qui t'entourent de notre part, sans oublier l'Imam, Moussah et ton ami l'infirmier, avec un petit coucou tout spécial pour Hedi... probablement nous reviendrons, inch'allah !
La citation en bas de la page est là exprès pour toi, Béchir... Fonce doucement !!!"

et je ne résiste pas à ces deux petites images pour vous, les voyageurs :

Les dromadaires vous saluent bien !!!


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 "Si vous n'essayez jamais, vous ne réussirez jamais. Mais si vous essayez, vous risquez de vous étonner vous-même." Thubten Yesche